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Le Manifeste de l’indépendance et la résistance marocaine par Allal S.Bouchikhi

Posté par abc10 le 11 janvier 2021

Le manifeste de l’indépendance et la résistance marocaine.

Ce n’est pas par hasard que le Centre Cinématographique Marocain (CCM) a été créé le 8 Janvier 1944, c’est à dire 3 jours avant le manifeste de l’indépendance. Cette coïncidence avait une explication politique. Les autorités du protectorat français avaient besoin de produire des films de propagande pour contrer les revendications du nationalisme marocain.

La présentation du Manifeste de l’indépendance le 11 janvier 1944, dont on commémore le 77-ème anniversaire ce lundi , constitue une étape charnière sur le chemin de la lutte nationale pour la liberté et l’indépendance; même si d’aucuns pourraient qualifier, à juste titre, cette commémoration de mascarade, de la contrefaçon de l’histoire et de la reconstruction tardive d’une mémoire confisquée par les clercs traditionnels du Makhzen, comme me le rappelait mon ami Fouad, en ces termes: « dire que c’est ce manifeste qui a tracé la voie de la lutte nationale contre le colonialisme, c’est vite aller en besogne, et de participer ainsi à un « révisionnisme » impensé, intolérable parce que ce témoignage est ingrat envers celles et ceux qui se sont soulevé(e)s contre les crimes commis par les « pacificateurs » français au profit de leur sbires locaux et bien avant même 1912 et, biensûr, avant la fausse date de 1944 et la fausse liste des nationalistes auto-proclamé(e)s, avec (une seule femme qui de surcroît, loin d’être comme notre Antigone âabdiya, Kharboucha) . Ingrat également envers de nombreuses régions qui ont écrit par le sang, tant de manifestes restés dans la culture officielle de l’oubli. »

J’ai l’honneur et la fierté d’appartenir à cette célèbre famille de l’Oriental et l’Ouest algérien, les Oulad Sid Cheikh (les Bouchikhi) qui a payé un lourd tribut dans sa lutte contre l’invasion française, bien avant 1912 et bien après 1944.
Le célèbre Bouâmama Al-Bouchikhi de Figig a marqué l’histoire de la résistance de l’Oriental et de l’Algérie grâce notamment, aux vaillantes tribus Angades: Hmiyane, Chraga, Bni Hssan, Sajjaâ…

Quoi qu’il en soit, la commémoration du manifeste de l’indépendance traduit un appel pour les générations montantes à contempler et à tirer les leçons de la citoyenneté positive.
En effet, comme mon ami le professeur Omar Lachguer, homme des armes et des lettres, la lecture de l’histoire marocaine, ancienne ou contemporaine est nécessaire afin de construire une personnalité marocaine libre, fière de son identité, son histoire et sa civilisation ; mais cette histoire doit être, dans son ensemble, expurgée de tout ce qui l’a altérée par le retrait, la falsification, les mensonges délibérés ou en raison de l’ignorance ou de la négligence de la documentation historique…
La présentation du manifeste d’indépendance, le 11 janvier 1944, est un acte important dans l’histoire du mouvement national, pour de la lutte contre le colonialisme . Mais l’histoire de ce document a également besoin d’une étude critique afin de distinguer le vrai du faut. Il y a un désaccord concernant le nombre de signataires, leur identité et leur position au sein du mouvement national. Robert Rézette est le premier à parler de 58 dans son livre  » le Nationalisme Marocain » il est repris par d’autres. Dans les bulletins du parti de l’Istiqlal on avance un nombre supérieur : 66. Les deux ne sont pas exacts selon certains pôles de mouvement national tel que le professeur Abdallah Ibrahim Marrakchi. Il y a peut-être des signataires, dont les noms n’ont pas été inscrits sur le document, ainsi que ceux qui ne l’ont pas signé et dont les noms y figurent.

Quoi qu’il en soit, après la présentation du manifeste d’indépendance, la bourgeoisie politique s’est mise en retrait et a laissé les masses populaires de travailleurs, de portefaix, d’artisans, de paysans, de bergers de marchands ambulants, de gueux et de va-nu-pieds payer le prix de l’indépendance par sang, la torture, la prison, et le suicide militant. l’indépendance acquise, les politiques ont volé au peuple, victime de leurs promesses mensongères, le fruit de son sacrifice ! Qui tendra justice aux vrais héros de la résistance marocaine victimes de la négligence et de l’oubli ?
Où est la vraie histoire de la résistance marocaine ?
Où est le cinéma ( la télévision ) pour immortaliser les personnalités marocaines de la résistance , les faire connaître et leurs rendre la considération historique qu’ils méritent ?
80 000 marocains portent une carte de » résistant  » et profitent ou ont profité de ce statut. L’histoire montre que la plupart d’entre eux n’avait aucun lien avec la véritable résistance et qu’un grand nombre de véritables résistants n’ont pas eu droit à cette fameuse carte mais ils considèrent qu’ils n’ont fait qu’un devoir national et non un service pour lequel il attendent une rémunération ou dédommagement.

En réalité la résistance à l’occupation francaise et espagnole a commencé bien avant 1944 et n’a jamais cessé. Parmi les pages les plus lumineuses de l’histoire de la lutte nationale contre le colonialisme , il y de lieu de citer :
Les des affrontements qui ont lieu dans les confins algéro-marocains dès 1904.
En 1907, la révolte de la Chouiia. El Hajj Hammou, caïd des Oulad Harriz, fils d’un ancien gouverneur de Casablanca, conçut le projet de créer avec l’aide des tribus de la Chaouia une résistance farouche et des opérations d’envergure vont être dirigés contre les étrangers et les collaborateurs. Il commence à Casablanca . Des bateaux de guerre français vont alors bombarder la ville. Il aura fallu onze mois à l’armée francaise pour venir à bout de la révolte de la chaouia au prix de 14 officiers tués et 17 blessés, 86 hommes tués et 377 blessés . Au moins deux mille marocains furent tués pendant ces opérations.
Mars 1912 , le mouvement de protestation qui éclate à Fès suite à l’établissement du protectorat est écrasé dans le sang par l’armée française .
Après les révoltes urbaines, c’est au tour des tribus rurales de lutter contre l’armée française. Dès août 1912, une résistance armée à l’installation française apparaît dans tout Maroc, comptant notamment parmi ses rangs Ahmed al-Hiba, Mouha ou Hammou Zayani, Abdelkrim al-Khattabi et Assou Oubasslam, Maa El Ainine
L’historien Pierre Vermeren souligne qu’il faut « vingt-deux ans de guerre pour soumettre l’ensemble des tribus berbères à l’autorité du sultan désormais défendue par le protectorat.
Un médecin-capitaine français écrira de la résistance dans le Moyen-Atlas qu’« elle atteint les limites de l’invraisemblance .
Les bastions de la résistance sont: Médiouna, Oued Zem , Tadla, Beni Mellal, El Kssiba, Khénifra … Des noms ont marqué notre mémoire, des chefs résistants comme Mouha Ou Saïd d’Ouirra et le célèbre Mouha Ou Hammou Zayani, surnommé par les militaires français  » le roi des montagnes « . Khénifra ne sera prise qu’en 1920 .
En 1921, après le soulèvement Mohamed Raissouni dans le nord ouest, le Rif de la chaîne de montagnes du nord, sous la houlette de Mohamed ben Abdelkrim AI-KHTTABI, se soulèvent à son tour contre le Protectorat espagnol et remportent plusieurs victoires spectaculaires en particulier à Anoual. Cette guerre qui marquera l’histoire de l’humanité par la vaillance des marocains, les moyens déployés et les atrocités commises par l’armée espagnole,( bombardement de la population civile par le gaz moutarde notemment) durera cinq ans. Il aura fallut une alliance franco-espagnole et l’engagement de 165 000 soldats sous le commandement des meilleurs généraux espagnols et francais et de très lourdes pertes dans les rangs des troupes coloniales pour en venir à bout .
En 1932, Belkacem N’Gadi, originaire des Ouleds sidi belkasem Azaroual des redoutables Angad, tribu de la région à l’Ouest d’Oujda donne du fil a retordeau général Henri Giraud dans le Tafilalt

1933 à 1934, c’est d’Assou Oubasslam, qui s’illustrera dans le Haut et l’Anti Atlas en menant des batailles héroïques à Bougafer notemment, contre la crème des généraux français : Despass, Tarrit, Georges Spillmann, Chardon et le général Catroux.
De leur côté les Ait Hdidou ont infligé cinglante défaite à la troupe coloniale avant la fin de cette guerre dites de pacification (1934) ; il s’agit de la bataille de Msdrid le mai 1933.
Dans l’Anti-Atlas, des milliers de guerriers mènent la vie dure aux groupes francais qu’ils savent contrer. Harcelées de toute part, les troupes françaises vont mener une opération d’envergure pour prendre d’assaut le jebel Saghro . C’est là que résident les derniers groupes de résistants de la tribu Aït Atta menés par Assou Oubasslam. Les opérations commencent le 13 février 1933 et durent jusqu’au 10 mars 1934 . Les qualités des troupes motorisées et de l’aviation sont utilisées au maximum . La concentration de troupes la plus importante depuis la guerre du Rif.
Le 20 février 1934 la bataille de Bougafer, également connue sous le nom de «bataille de Saghro» est lancée; elle durera 40 jours. C’est l’un des affrontements les plus féroces des combattants marocains contre les forces coloniales françaises qui avaient alors mobilisé 83 000 soldats et 44 avions militaires, 500 véhicules dont une centaine de blindés, et 10 500 montures, sous le commandement des généraux Henri Giraud, Antoine Huré, Georges Catroux pour attaquer 1 200 combattants d’Ait Atta, commandés par Assou Oubasslam soutenus par des femmes et des enfants.
Après 42 jours de résistance, Assou Oubasslam est alors contraint à négocier. Il descend de sa montagne non pas pour se rendre, mais pour sauver ce qui reste des Ait Atta. Le 25 mars 1933, la vie de 3 000 combattants marocains est sauvée après le décès de 1 300 Amazighs d’Ait Atta, contre 3 500 soldats français. Mais les poches de résistance seront loin d’être anéanties à l’issue de cette bataille.

En 1930, le Dahir berbère qui instaure une division ethnique entre Arabes et Berbères pour mieux ancrer la politique coloniale au Maroc et briser la résistance marocaine a entraîné la première réaction des jeunes nationalistes slaouis et fassis pour s’étendre à tout le pays. Les manifestations pacifiques propagées à travers le pays grâce à l’appel au « latif » relayé par la Pétition du 28 aout 1930 constituent la première réaction nationaliste organisée contre l’occupant et conduira la France au retrait du Dahir Berbère.
Le 22 octobre 1937 Ahmed Boubia, ancien étudiant à l’Université al-Qaraouiyine , organisé avec ses camarades la célèbre manifestation de Khémisset contre la politique coloniale française et contre le Dahir berbère, manifestation à l’origine d’un mouvement de solidarité populaire dans d’autres contrées du Maghreb selon le témoignage même du Président tunisien Habib Bourguiba qui souligne l’importance du soulèvement de Khémisset pour une première coordination de la résistance au niveau du Maghreb.
Cet important épisode historique va conforté les nationalistes et constitue l’acte fondateur de la prise de conscience politique qui conduira une dizaine d’années plus tard à la signature le 11 janvier 1944 d’une nouvelle Pétition, cette fois appelée  » Manifeste de l’indépendance « .

La guerre du Maroc de 1907 à 1937, était tres sanglante. Du côté des Marocains ayant résisté à l’occupation française, on dénombre plus de 100 000 morts, bien plus si l’on ajoute l’énorme hémorragie des tribus rifaines en 1925.
coûta officiellement à l’armée française 8 628 tués dont 622 officiers et 15 000 blessés auxquels s’ajoutent plus de 12 000 goumiers marocains ayant combattu aux côtés de l’armée française.

En ce jour rendons hommage à ses femmes et ses hommes qui ont donné leur vie pour notre liberté et notre dignité, et souvenons nous de ces paroles du grand résistant Assou Oubasslam prononcées avant qui ne dépose les armes:
«Que Dieu bénisse les martyrs et leur pardonnera leurs péchés. Nous avons été créés d’argile sèche et nous y retournons. Espérons que Dieu célébrera cette mémoire dans le cœur de nos enfants»

Allal Sahbi Bouchikhi le janvier 2021.

Une Réponse à “Le Manifeste de l’indépendance et la résistance marocaine par Allal S.Bouchikhi”

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